Tendances économiques, grands risques et opportunités futures : les FinTechs et les LegalTechs au service de la relance

 

L’ÉCONOMIE MONDIALE SEMBLE DEVOIR STAGNER AU COURS DES ANNÉES À VENIR DANS UN CONTEXTE D’ENDETTEMENT ÉLEVÉ, MAIS UN REBOND N’EST PAS EXCLURE

Le contexte économique, que ce soit au niveau national ou mondial, a récemment connu plusieurs événements qui ont eu une influence certaine sur sa santé. La guerre commerciale que se livrent les États-Unis et la Chine pèse sur le commerce mondial, l’accession au pouvoir de meneurs conservateurs tend, dans une certaine mesure, à remettre au goût du jour des pratiques protectionnistes, la crise de la migration européenne ne semble pas encore devoir prendre fin ; à un niveau plus réduit, les retards de paiement soumettent les entreprises françaises à une forte pression. Toutefois, tous ces éléments vont évoluer. Certains peut-être s’aggraveront, d’autres donneront lieu à de nouvelles opportunités, là où d’autres encore s’estomperont.

Dans ce contexte d’incertitude, le centre de recherche Rexecode, créé suite au rapprochement de l’association Rexecode et des équipes de la Chambre de commerce et d’Industrie de Paris, a construit un éventail de prévisions concernant la conjoncture à court et moyen terme.

À l’horizon 2021, la situation semble ne pas devoir évoluer de manière significative. Le taux de croissance mondial devrait légèrement diminuer pour atteindre les 3%, malgré la récession industrielle subie par les États-Unis, qui ne semble pas devoir contaminer outre mesure les autres pays du monde. Les politiques contracycliques mises en place par les différents gouvernements devraient parvenir à maintenir un niveau d’activité constant sans toutefois réussir à déclencher de véritable rebond. En Asie, en revanche, l’activité risque de reculer du fait de la baisse relative des échanges mondiaux, ainsi que de la forte augmentation des prix des denrées alimentaires, notamment en Inde et Chine. La hausse des salaires ne s’étant pas traduite en gains de productivité significatifs, les marges des entreprises et donc leur capacité d’investissement risquent d’en souffrir. Enfin, la Chine et les États-Unis semblent devoir continuer à mener une guerre économique l’un contre l’autre, ce qui pèsera en toute vraisemblance sur les échanges mondiaux.

En somme, malgré un certain ralentissement général des échanges et de la croissance, le risque ne devrait pas être trop élevé pour la période 2020-2021.

À moyen terme, soit pour la période 2019-2023, les prévisions sont quelque peu différentes. Le ralentissement économique mondial, qui trouve son origine dans une baisse de l’activité initialement industrielle, semble devoir se propager aux États-Unis. Cependant, cela ne devrait pas se transformer en récession, à moins d’un déséquilibre ponctuel et majeur. Plus que la simple action de la conjoncture, il semblerait que ce ralentissement soit dû en partie à des facteurs structurels. En effet, la croissance potentielle serait plus faible en 2023 que la croissance réelle enregistrée durant la période 2010-2018. Cela pourrait s’expliquer par les difficultés d’offre rencontrées par certains pays. Il semble donc que les quatre prochaines années verront l’économie mondiale atteindre un nouveau seuil de stagnation, et soit soumise à un certain degré de risque du fait de l’incertitude quant à la capacité des pays à rebondir dans un contexte de croissance affaiblie à moyen terme. La France, malgré tout, devrait afficher un taux de croissance potentielle supérieur, du fait des récentes réformes des lois du travail. C’est cependant l’économie du Royaume-Uni qui devrait le plus pâtir d’ici 2023. Les conséquences du Brexit, à savoir une baisse de la main d’œuvre disponible et de l’investissement, devraient entraîner une baisse significative des performances économiques de la Grande Bretagne. Cependant, les termes du Brexit n’étant pas encore clairement définis (les négociations, notamment concernant un accord de libre-échange, ne commenceront réellement qu’au 31 janvier 2020) et face à l’incertitude quant à la volonté de l’Écosse de rester ou non un membre du Royaume-Uni (la Première Ministre Nicola Sturgeon a à plusieurs reprises clairement exprimé l’opposition de l’Écosse à une sortie de l’UE), il est difficile de prévoir avec certitude le devenir du Royaume-Uni.

En résumé, la croissance mondiale sera très certainement plus faible pour les quatre années à venir que ce qu’elle a été entre 2010 et 2018. Les tensions internationales et la baisse conjoncturelle de l’activité ne devraient toutefois pas mener à une période de récession ; au contraire l’économie mondiale devrait subir une modeste accélération à la suite du ralentissement initial, mais cela dans un contexte d’endettement mondial sans précédent. Le risque sera donc présent, mais nous ne devrions pas voir de nouvelle crise économique majeure apparaître.

MALGRÉ UN BILAN GÉNÉRAL MITIGÉ, L’INVESTISSEMENT ET L’INNOVATION NE SONT PAS EN RESTE : LA SUCCESS STORY NAISSANTE DES FINTECHS ET DES LEGALTECHS

Malgré l’impression que peut laisser la lecture des prévisions pour la période à venir, l’innovation (et tout particulièrement les nouvelles technologies) continue à donner naissance à de nouveaux projets et de nouvelles pratiques. Apparues relativement récemment, les FinTechs et les LegalTechs rencontrent un grand succès, et ce au niveau mondial. La Banque de Montréal (BMO), par exemple, expérimente actuellement avec un service de paiement automatisé des factures, limitant ainsi le risque d’erreur humaine. Pour l’instant, cet outil n’est accessible qu’aux particuliers clients chez BMO, mais la solution a un potentiel certain pour le commerce interentreprises. Si cela s’avère généralisable, un tel outil pourrait grandement fluidifier les paiements et donc par là même limiter les retards de paiement, problème persistant et épineux auquel les entrepreneurs français sont très régulièrement confrontés. Du côté des FinTechs, un fonds d’investissement public pour ce secteur va être créé en Égypte, avec pour objectif de devenir un hub régional de la FinTech. De même, Kinshasa, la capitale de la République Décmocratique du Congo, accueillera bientôt son tout premier « Salon e-commerce et FinTech », prévu pour les 21 et 22 février 2020.

La France semble elle aussi se tourner peu à peu vers des solutions innovantes, notamment en agissant sur les règlementations propres aux factures interentreprises. Le Projet de Loi de Finances pour 2020 (PLF2020) prévoit la dématérialisation de l’intégralité des factures interentreprises d’ici 2023, une période de transition étant prévue jusqu’en 2025. Durant un entretien avec la chaîne de télévision BFMBusiness, Denis Le Bossé, président du cabinet ARC, a souligné les avantages que peuvent apporter les factures électroniques ; et ceux-ci sont sensiblement les mêmes que ceux que pourrait offrir le service de paiement automatisé développé par BMO : réduction des délais de paiement et de la part que pourrait jouer une erreur humaine (perte de document, facture illisible ou prêtant à confusion, etc.). La DGFiP doit fournir à l’Assemblée Nationale un rapport complet explicitant les coûts d’une telle réforme, les gains attendus, l’intérêt de la facturation électronique, etc. Par ailleurs, le passage au tout-électronique permettrait d’étendre la pratique de l’affacturage inversé (ou reverse factoring, ou encore supply chain factoring). En vigueur depuis de nombreuses années, le principe de l’affacturage permet à un créancier de se faire payer par un établissement de paiement plutôt que par son fournisseur, en échange d’un pourcentage d’intérêts récupéré par l’établissement en question sur le montant de la facture. L’affacturage inversé fonctionne selon le principe inverse : c’est le débiteur qui se porte garant et, en quelque sorte, ouvre un crédit dans un établissement de paiement afin que celui-ci règle la facture auprès du créancier. L’avantage qu’offre l’affacturage inversé est donc double : d’une part, les fournisseurs sont payés très rapidement. Leur trésorerie ne subit donc pas la pression des impayés et permet plus de flexibilité et de potentiel d’investissement. D’autre part, l’acheteur préserve sa relation avec son fournisseur en lui offrant des délais de paiement très courts. Cela nécessite toutefois des SI (Système d’Information) performant et interconnectés et peut donc difficilement être mis en place pour traiter avec un fournisseur occasionnel.

Les tendances économiques futures ne permettent pas de se prononcer véritablement sur la santé des marchés mondiaux. D’une part, la croissance potentielle pour la période 2019-2023 devrait être inférieure à la croissance réelle observée en 2010-2018 mais d’autre part, de nombreux pays font preuve d’un fort enthousiasme à l’investissement dans des secteurs et des solutions innovants tels que les FinTechs. L’État français lui-même semble agir dans ce sens en favorisant la pratique de l’affacturage inversé. Malgré un diagnostic prévisionnel caractérisé par la stagnation, le moyen-long terme verra peut-être les fruits des investissements dans les nouvelles technologies arriver à maturité.

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